Mesurer le stress au travail par questionnaire en entreprise
Ce qu’un questionnaire sur le stress au travail mesure, comment il sert l’évaluation des risques psychosociaux et le document unique, les étapes pour le conduire et ce que nous recommandons de faire des résultats.
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Un questionnaire sur le stress au travail interroge les salariés sur ce qui, dans leur travail, produit du stress : le temps disponible, les délais, les marges de manœuvre, le soutien du manager, la reconnaissance. Il repère les situations de travail qui exposent des équipes entières, et il nourrit l’évaluation des risques psychosociaux que la loi impose à l’employeur.
Le besoin est réel. En France, 52 % des travailleurs interrogés au printemps 2022 par l’agence européenne EU-OSHA se disent exposés à une forte pression temporelle ou à une surcharge de travail, contre 46 % en moyenne dans l’Union européenne. Seuls 32 % disent que leur lieu de travail prévoit une consultation des salariés sur les aspects stressants du travail (43 % dans l’Union).
- Exposés à une forte pression temporelle ou à une surcharge
- 52 %
- Travailleurs en France, EU-OSHA, OSH Pulse, avril-mai 2022
- Disposent d’une consultation sur ce qui stresse au travail
- 32 %
- Même enquête, France ; 43 % dans l’Union européenne
- Stress au travail
Selon l’INRS, on parle de stress au travail quand une personne ressent un déséquilibre entre ce qu’on lui demande de faire dans le cadre professionnel et les ressources dont elle dispose pour y répondre. L’accord national interprofessionnel du 2 juillet 2008 parle d’un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes de son environnement et celle de ses propres ressources pour y faire face.
Ce que mesure un questionnaire stress au travail
Un baromètre sur le stress interroge les causes du stress. La grille de référence en France est celle du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux, présidé par Michel Gollac, qui a regroupé en 2011 les facteurs de risque en six axes. L’INRS la reprend.
| Axe (rapport Gollac, 2011) | Ce que le questionnaire interroge | Exemple de question |
|---|---|---|
| Intensité et temps de travail | Le temps disponible, le réalisme des objectifs, les délais | « J’ai suffisamment de temps pour assurer le travail qui m’est demandé » |
| Exigences émotionnelles | Les tensions avec le public, les émotions à contenir | Questions ajoutées pour les métiers exposés (accueil, soin, relation client) |
| Autonomie | Les marges de manœuvre, la maîtrise du rythme | « J’ai la possibilité d’aménager mon rythme de travail (temps, cadence, pause, horaires…) » |
| Rapports sociaux au travail | Le soutien du manager et des collègues, la reconnaissance | « En cas de difficultés, je suis soutenu(e) par mon manager » |
| Conflits de valeurs | La possibilité de faire un travail de qualité | « Les délais imposés par mon manager me permettent de produire un travail de qualité » |
| Insécurité de la situation de travail | Les changements d’organisation, la visibilité sur l’avenir | Questions adaptées au contexte de l’entreprise |
Les questions de PEOPLE BASE viennent d’une banque éprouvée, classée par thèmes, dont la charge de travail, le stress et le bien-être, l’autonomie, les relations de travail et la reconnaissance. Deux autres questions du thème « Charge de travail » : « Les objectifs fixés par mon manager sont réalistes » et « Je ne subis pas de pressions excessives ». Chaque salarié répond sur une échelle d’accord, de « tout à fait d’accord » à « pas du tout d’accord », avec une case « ne se prononce pas ».
Les questions du thème « Stress et bien-être » sont comparées à l’ensemble des enquêtes de la plateforme : l’entreprise se situe par rapport aux autres.
Karasek, Siegrist et baromètre social
Deux questionnaires validés reviennent dès qu’on cherche à mesurer le stress. Le Job Content Questionnaire, dit de Karasek, croise la demande psychologique, la latitude décisionnelle et le soutien social ; sa version à 26 items est celle de l’enquête Sumer, et son usage est soumis à des droits d’auteur, rappelle la fiche de l’INRS (2023). Le questionnaire de Siegrist mesure le déséquilibre entre les efforts fournis et les récompenses reçues (fiche INRS de 2015).
Nous conseillons ces échelles quand un service de prévention et de santé au travail conduit un diagnostic. Pour suivre une entreprise d’une année sur l’autre et décider d’actions service par service, nous préférons des questions sur l’organisation du travail, écrites dans les mots de l’entreprise. L’INRS, qui a analysé une quarantaine de questionnaires, ajoute qu’aucun ne suffit seul : il se complète par l’analyse de documents, des entretiens et l’observation du travail.
À quoi servent les résultats
L’employeur doit évaluer les risques (psychosociaux compris) et protéger la santé physique et mentale des salariés (article L. 4121-1 du Code du travail). Les résultats d’un baromètre sur le stress sont une des sources de cette évaluation, que l’entreprise transcrit dans son document unique (DUERP). Selon l’INRS, l’évaluation se refait au moins une fois par an dans les entreprises d’au moins 11 salariés, et à chaque changement qui touche la santé ou la sécurité.
Les résultats servent aussi à repérer les populations exposées. Une moyenne d’entreprise rassure souvent à tort ; les écarts apparaissent entre services, métiers, sites ou anciennetés. Une équipe nettement moins d’accord que les autres sur le temps disponible est le point de départ d’un atelier.
Répétées à l’identique, les mêmes questions mesurent l’effet d’une réorganisation ou d’un plan d’actions. Les résultats alimentent enfin le dialogue avec le CSE : l’accord de 2008 demande à l’employeur d’associer les représentants du personnel, ou à défaut les salariés, à la mise en œuvre des mesures contre le stress. Pour le cadre général, voyez notre article sur les risques psychosociaux (RPS).
Conduire un baromètre sur le stress en cinq étapes
- Cadrer avec la direction et le CSE
Fixer l’objectif (évaluation des RPS, suivi après une réorganisation), le périmètre, les populations à comparer et le calendrier. Présenter la démarche au CSE avant le lancement.
- Garantir la confidentialité
Confier la collecte à un tiers, ne publier aucun résultat sous un seuil minimal de répondants, et retirer les croisements qui permettraient de reconnaître quelqu’un. Nous détaillons ces règles dans notre article sur la confidentialité de la mesure du climat social.
- Diffuser le questionnaire
Annoncer l’enquête et ce qu’elle servira à décider, la laisser ouverte deux à trois semaines avec des relances, prévoir un accès pour les salariés sans poste informatique.
- Restituer les résultats
À la direction, au CSE, puis aux équipes, y compris les résultats défavorables.
- Construire le plan d’actions
Choisir deux ou trois priorités, les travailler en ateliers avec les équipes concernées, les inscrire au DUERP et en rendre compte à la vague suivante.
La participation se prépare. Sur les 24 enquêtes terminées de la plateforme Baromètre social, le taux de participation moyen d’une enquête est d’environ 43 % (données PEOPLE BASE). Pour lire des résultats par service sans passer sous le seuil de confidentialité, il faut souvent davantage. L’annonce par la direction, le relais des managers et une date de restitution fixée dès le départ y aident.
Nos recommandations, et ce que nous déconseillons
Interrogez le travail plutôt que la personne : une question sur les délais ou sur le soutien du manager débouche sur une action. Les questions sur les symptômes et la santé relèvent du médecin du travail.
Nous déconseillons les scores de stress individuels, les classements d’équipes affichés et les réponses limitées à des formations à la gestion du stress. L’INRS demande de privilégier la prévention collective, centrée sur l’organisation du travail, parce qu’elle agit sur les causes du stress plutôt que sur ses symptômes.
Avant le lancement, vérifiez ces points :
- L’objectif et le périmètre de l’enquête présentés au CSE
- Le seuil minimal de répondants fixé et annoncé aux salariés
- La date de la restitution arrêtée
- Le lien prévu entre les résultats et la mise à jour du DUERP
PEOPLE BASE conduit des baromètres sur le stress au travail construits à partir de sa banque de questions et du baromètre de climat social. Chaque questionnaire est adapté à l’entreprise et ses résultats sont analysés sur la plateforme Baromètre social.
Quelles questions poser dans un questionnaire sur le stress au travail ?
Des questions sur les causes : charge et temps disponible, réalisme des objectifs, autonomie, soutien du manager et des collègues, reconnaissance, changements d’organisation. Formulées en affirmations sur une échelle d’accord, elles se comparent entre services et d’une vague à l’autre.
Le questionnaire de Karasek est-il obligatoire ?
Non. Aucun texte n’impose un questionnaire précis. Le Job Content Questionnaire est un outil validé, soumis à des droits d’auteur, utile pour un diagnostic ; un baromètre adapté à l’entreprise convient mieux au suivi régulier.
L’employeur doit-il évaluer le stress au travail ?
Oui. L’article L. 4121-1 du Code du travail l’oblige à évaluer les risques (psychosociaux compris) et l’accord national interprofessionnel du 2 juillet 2008, étendu en 2009, s’applique aux entreprises de son champ. Les résultats de l’évaluation se transcrivent dans le document unique.
À quelle fréquence mesurer le stress au travail ?
Une fois par an convient à la plupart des entreprises, au rythme de la mise à jour du document unique. Ajoutez une mesure avant et après une réorganisation importante.
Pour préparer votre évaluation des risques psychosociaux, un consultant de PEOPLE BASE construit avec vous le questionnaire et le calendrier de la première vague.
Sources
Stress au travail. Ce qu’il faut retenir (nouvel onglet), INRS,
Accord national interprofessionnel du 2 juillet 2008 relatif au stress au travail (nouvel onglet), Légifrance,
Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser. Rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail (nouvel onglet), Collège d’expertise présidé par Michel Gollac, vie-publique.fr,
Prévenir les risques psychosociaux (RPS). Facteurs de risque (nouvel onglet), INRS,
Job Content Questionnaire (JCQ). Questionnaire dit de Karasek. FRPS 2 (nouvel onglet), INRS, Références en santé au travail n° 173,
Déséquilibre efforts/récompenses (questionnaire dit de Siegrist). FRPS 3 (nouvel onglet), INRS, Références en santé au travail n° 142,
Prévenir les risques psychosociaux (RPS). Questionnaires risques psychosociaux (nouvel onglet), INRS,
Prévenir les risques psychosociaux (RPS). Réglementation (nouvel onglet), INRS,
Évaluation des risques professionnels : de quoi parle-t-on ? (nouvel onglet), INRS,


