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Climat social

Mesurer l’engagement des salariés par baromètre, et ce que vaut l’eNPS

Un baromètre engagement salariés mesure l’attachement des salariés et ce qui l’explique. Ce que recouvre l’engagement, les questions à poser, le calcul de l’eNPS et ses limites, la lecture par population et le plan d’actions.

12 min de lecture

Dans un bureau aménagé avec des plantes, un salarié tend un document à une collègue assise à côté de lui, tandis qu’une autre collègue travaille sur son ordinateur portable
Photo : Pavel Danilyuk / Pexels

En France, 8 % des salariés sont « engagés » au sens de Gallup, en moyenne sur les années 2023 à 2025, contre 20 % dans le monde en 2025. L’institut américain classe 72 % des salariés français parmi les « non engagés » et 20 % parmi les « activement désengagés » (State of the Global Workplace, avril 2026).

Un baromètre d’engagement des salariés est une enquête anonyme, posée à tous et répétée chaque année, qui mesure leur attachement à l’entreprise et l’énergie qu’ils mettent dans leur travail, puis relie ces réponses à ce qui les explique : management, reconnaissance, sens du travail, perspectives, charge de travail, confiance dans la direction. L’eNPS y figure comme un indicateur parmi d’autres.

Salariés engagés en France, au sens de Gallup
8 %
Moyenne 2023-2025, State of the Global Workplace, Gallup, avril 2026
Salariés engagés en Europe
12 %
2025, la plus basse des dix régions du rapport
Salariés engagés dans le monde
20 %
2025, contre 23 % en 2022, même rapport

Ces chiffres reposent sur la grille propre à Gallup. Interrogés par Ipsos pour Pluxee en février et mars 2025, 83 % des 8 700 salariés de dix pays disent aimer ou adorer leur entreprise. Les deux enquêtes mettent des choses différentes sous le même mot : avant de mesurer, une entreprise décide de ce qu’elle appelle engagement.

Ce que recouvre l’engagement des salariés

Définition
Engagement des salariés

L’énergie qu’un salarié met dans son travail et son attachement à l’entreprise, qui se traduit par son intention d’y rester et sa disposition à en dire du bien. Le chercheur William Kahn, qui a proposé la notion en 1990, parle d’une personne qui met dans son rôle professionnel son énergie physique, intellectuelle et émotionnelle.

Kahn relevait trois conditions à cet investissement : que le travail ait du sens pour la personne, qu’elle se sente en sécurité pour s’y exposer sans crainte pour son statut ou sa carrière, et qu’elle en ait les ressources physiques et psychologiques. Elles se traduisent en questions de baromètre sur le sens du travail, la relation avec le manager et la direction, la charge de travail.

Wilmar Schaufeli et Arnold Bakker le mesurent par la vigueur, le dévouement et l’absorption dans le travail, avec l’échelle d’Utrecht (UWES), dont la version courte publiée en 2006 compte 9 affirmations. Conçue pour la recherche, elle décrit un état de la personne. Pour un baromètre d’entreprise, nous préférons des questions sur l’organisation du travail, qui désignent des actions possibles.

Engagement, satisfaction, motivation et implication

NotionCe qu’elle désigneCe que le baromètre en tire
SatisfactionLe jugement du salarié sur ce que l’entreprise lui apporte (rémunération, conditions de travail, outils)Des points précis à corriger
MotivationL’envie de bien faire son travail, liée à son contenu et à ce qu’il rapporteCe qui donne de l’énergie dans le poste
ImplicationLe lien avec l’organisation, l’identification à ses objectifs, le souhait d’y resterL’adhésion au projet et l’intention de rester
EngagementL’énergie donnée au travail au-delà du minimum demandé, et l’attachement à l’entrepriseL’indicateur à suivre, que les trois autres aident à expliquer

Un salarié peut être satisfait de sa rémunération et peu engagé : il partira pour une offre mieux payée. Un autre, très engagé, peut juger sa charge de travail intenable. Le baromètre garde ces notions séparées.

Les dimensions qui expliquent l’engagement des salariés

Nous regroupons les facteurs de l’engagement en six dimensions, plus un bloc court d’indicateurs. Les exemples viennent de la banque de questions de PEOPLE BASE, déjà posées en entreprise, chacune avec l’échelle qui lui convient.

DimensionCe que le baromètre interrogeExemple de question de la banqueÉchelle
Management de proximitéLes retours sur le travail, l’écoute, le soutien« Mon manager prend en compte mes idées et propositions »Oui / Non modulé
ReconnaissanceLa reconnaissance des résultats et des efforts« Les résultats de mon travail sont reconnus par le management »Oui / Non modulé
Sens du travailL’utilité perçue des tâches, la qualité du travail« Mon temps de travail est consacré à des tâches que je juge utiles »D’accord / Pas d’accord
PerspectivesL’évolution, la formation, la mobilité interne« Mon entreprise m’offre des évolutions de carrière intéressantes »Oui / Non modulé
Charge de travailLe temps disponible, le rythme, l’urgence« Je peux organiser mon travail sans être dans l’urgence »Fréquence
Confiance dans la directionLes orientations, la stratégie, l’avenir de l’entreprise« Je considère que la direction prend les bonnes orientations »Oui / Non modulé
Indicateurs d’engagementL’attachement, la fierté, la recommandation« Je suis attaché(e) à mon entreprise »D’accord / Pas d’accord

La Dares a suivi près de 17 000 salariés interrogés en 2013 puis en 2016 dans l’enquête Conditions de travail. Ceux qui trouvaient peu de sens à leur travail en 2013 ont nettement plus souvent changé d’emploi entre 2013 et 2016, et l’évolution du sens du travail pèse de façon très significative sur celle du nombre de jours d’arrêt maladie (Thomas Coutrot et Coralie Perez, 2021).

La charge de travail figure dans la liste parce qu’un indice d’engagement élevé peut cacher des salariés très investis qui tiennent un rythme intenable : croiser les deux repère les populations engagées et surchargées. Notre article sur le questionnaire stress au travail détaille cette mesure, et celui sur le questionnaire management la dimension du management de proximité.

L’eNPS, définition et calcul

Le Net Promoter Score a été créé en 2003 par Bain & Company, à partir des travaux de Fred Reichheld, pour mesurer la fidélité des clients. Transposé aux salariés, il devient l’Employee Net Promoter Score, dont Bain formule ainsi la question : quelle est la probabilité que vous recommandiez cette entreprise comme lieu de travail ?

Définition
eNPS (employee Net Promoter Score)

L’indicateur de recommandation de l’entreprise comme employeur par ses salariés. Chaque salarié répond sur une échelle de 0 à 10. Le score est la part de ceux qui répondent 9 ou 10 (les promoteurs), moins la part de ceux qui répondent de 0 à 6 (les détracteurs). Il va de −100 à +100.

Note donnée, de 0 à 10CatégoriePlace dans le calcul
9 ou 10PromoteursLeur part s’ajoute au score
7 ou 8PassifsComptés dans le total des répondants, sans effet direct sur le score
De 0 à 6DétracteursLeur part se retranche du score

Bain conseille d’y associer une seconde question, en général l’accord avec l’affirmation « Mon travail m’inspire ». Il rappelle que les réponses doivent rester confidentielles, et que les eNPS sont souvent nettement plus bas que les scores des clients, les salariés étant plus exigeants envers leur entreprise.

Les limites de l’eNPS utilisé seul

L’eNPS donne une série facile à présenter en comité de direction. Utilisé seul, il pose quatre problèmes.

Un chiffre sans explication

Un eNPS qui passe de +10 à −5 signale un changement sans dire lequel ni où. Un baromètre complet aurait montré, par exemple, un recul de la reconnaissance dans deux directions.

Une échelle de 0 à 10 sensible à la culture

Les habitudes de notation varient d’un pays à l’autre. Une analyse d’Ipsos sur les biais culturels (2018) relève, sur un NPS du secteur automobile, des scores plus bas sur les marchés asiatiques et plus hauts en Amérique latine et aux États-Unis, et déconseille de comparer des scores bruts entre pays. Comparer l’eNPS d’une filiale française à celui d’une filiale américaine revient en partie à comparer des façons de noter.

Des effets de seuil

Seules les frontières entre les trois groupes comptent. Un salarié qui passe de 6 à 7 fait monter le score ; de 7 à 8, il ne change rien. Deux populations peuvent ainsi se classer à l’inverse de leur note moyenne. Prenons-en deux pour l’exemple : dans la première, chacun donne 8, l’eNPS vaut 0 et la moyenne 8 ; dans la seconde, six salariés sur dix donnent 9 et les autres 6, l’eNPS vaut +20 et la moyenne 7,8.

Des petites populations qui font varier le score

Sur 20 répondants, chaque personne pèse 5 points de pourcentage. Un salarié qui passe de 9 à 8 fait perdre 5 points à l’eNPS ; s’il passe de 9 à 6, la perte est de 10 points. Dans une direction de quelques dizaines de personnes, un écart de 10 points d’une vague à l’autre peut tenir à deux réponses.

Intégrer l’eNPS dans un baromètre d’engagement des salariés

Nous construisons un baromètre d’engagement en deux blocs. Le premier, court, mesure l’engagement lui-même avec quelques affirmations tirées de la banque :

  • « Je suis attaché(e) à mon entreprise » ;
  • « Je suis fier(e) de travailler dans mon entreprise » ;
  • « Je recommanderais mon entreprise comme employeur à mon entourage » ;
  • « Je suis confiant en ce qui concerne mon avenir au sein de l’entreprise » ;
  • « Je suis heureux(se) de travailler dans mon entreprise ».

Leur moyenne forme un indice d’engagement, suivi d’une vague à l’autre. Le second bloc interroge les six dimensions du tableau précédent, et une question ouverte termine le questionnaire : « Selon vous, que pourrait faire l’entreprise pour renforcer votre engagement ? »

Dans la banque de PEOPLE BASE, la question de recommandation se pose sur une échelle d’accord : elle entre dans l’indice et se lit avec les dimensions qui l’expliquent. Quand une entreprise suit déjà un eNPS de 0 à 10, nous convenons avec elle de la façon de le reprendre sans rompre sa série. Plusieurs de ces questions sont des questions de référence, reprises à l’identique d’un baromètre à l’autre, si bien qu’un baromètre de climat social qui les pose mesure aussi l’engagement.

Lire les résultats par direction ou par population

Les résultats d’un baromètre d’engagement se lisent par direction, par site ou par population (métier, catégorie, ancienneté, tranche d’âge), jamais par service ni par équipe. Dans une équipe de huit personnes, un résultat désigne le manager et laisse deviner qui a répondu quoi, et un salarié qui envisage de partir ne le dira pas.

Avant l’enquête, nous fixons avec la direction et le CSE un seuil minimal de répondants sous lequel aucun résultat n’est montré, et regroupons les petites directions dans un périmètre plus large, comme le détaille notre article sur la confidentialité de la mesure du climat social. Sur les 24 enquêtes terminées de la plateforme Baromètre social, le taux de participation moyen d’une enquête est d’environ 43 % (données PEOPLE BASE) : pour que chaque population dépasse le seuil, les relances se suivent pendant toute la collecte.

Comparez les populations entre elles : un engagement plus faible chez les salariés arrivés depuis moins de deux ans renvoie à l’accueil et à l’intégration plus qu’à la stratégie. Comparez aussi, dimension par dimension, les salariés les plus engagés et les autres. Les dimensions où l’écart est le plus grand pèsent le plus sur l’engagement et passent en priorité.

Restituer, agir et suivre l’engagement de vague en vague

  1. Présenter les résultats à la direction et au CSE

    L’indice, l’eNPS s’il est suivi, les dimensions et les écarts entre populations, avant toute communication générale.

  2. Choisir deux ou trois priorités

    Les dimensions qui séparent le plus les salariés engagés des autres, dans les populations où l’écart est le plus fort.

  3. Restituer aux salariés dans les deux mois

    Les bons résultats comme les moins bons, les priorités retenues et le calendrier des actions.

  4. Comprendre ce que les chiffres n’expliquent pas

    Des entretiens ou des groupes de discussion sur les dimensions en retrait, comme le décrit notre article sur le baromètre social qualitatif.

  5. Mesurer de nouveau

    Dire aux salariés ce qui a été fait, puis reposer les mêmes questions à la vague suivante.

Ce que nous recommandons, et ce que nous déconseillons

Mesurez l’engagement une fois par an avec un baromètre complet, et gardez l’eNPS, si vous le suivez, comme un indicateur parmi les autres, comparé à lui-même d’une vague à l’autre. Cherchez les causes d’un recul dans l’organisation du travail (charge, moyens, perspectives, reconnaissance) avant de les chercher dans l’attitude des salariés.

Nous déconseillons les enquêtes réduites à la question de recommandation, les comparaisons d’eNPS entre pays ou avec des palmarès publiés, les mesures mensuelles sur de petites populations et les résultats par équipe.

PEOPLE BASE conduit des baromètres d’engagement construits à partir de sa banque de questions éprouvées et adaptés à chaque entreprise, seuls ou au sein d’un baromètre de climat social. Les résultats sont analysés par population sur la plateforme Baromètre social.

Comment mesurer l’engagement des salariés ?

Par une enquête anonyme posée à tous, qui associe quelques affirmations sur l’engagement (attachement, fierté, recommandation) à des questions sur ce qui l’explique : management, reconnaissance, sens du travail, perspectives, charge de travail, confiance dans la direction. Les résultats se lisent par direction ou par population, chaque année.

Comment calculer l’eNPS ?

Chaque salarié note de 0 à 10 sa disposition à recommander l’entreprise comme employeur. L’eNPS est la part des notes 9 et 10 moins la part des notes de 0 à 6 ; il va de −100 à +100.

Qu’est-ce qu’un bon eNPS ?

Il n’existe pas de seuil universel. Un score positif signifie plus de promoteurs que de détracteurs, mais le niveau dépend du pays, du secteur et de la taille de la population. Le meilleur repère est l’évolution de votre propre eNPS, mesuré avec la même question.

Quelle différence entre engagement et satisfaction des salariés ?

La satisfaction est le jugement du salarié sur ce que l’entreprise lui apporte (rémunération, conditions de travail, outils). L’engagement est l’énergie qu’il donne à son travail et son attachement à l’entreprise. Un salarié satisfait peut être peu engagé.

Quelles questions poser dans un baromètre d’engagement ?

Des affirmations positives, une idée par affirmation, sur des faits que le salarié vit, comme « Les résultats de mon travail sont reconnus par le management ». Une question ouverte en fin de thème recueille ce que les cases ne couvrent pas.

À quelle fréquence mesurer l’engagement des salariés ?

Une fois par an avec un baromètre complet, et une mesure courte avant et après un changement important (réorganisation, rachat), sur des populations assez grandes pour que le score ait un sens.

Pour préparer votre baromètre d’engagement, un consultant de PEOPLE BASE choisit avec vous les indicateurs, la place de l’eNPS, les périmètres de lecture et la date de la restitution.

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Sources

  1. State of the Global Workplace: France Country-Level Data (nouvel onglet), Gallup,

  2. State of the Global Workplace: Global Data (nouvel onglet), Gallup,

  3. Avec une étude inédite menée par Ipsos dans 10 pays, Pluxee dévoile les nouvelles règles de l’engagement des salariés (communiqué de presse) (nouvel onglet), Pluxee, étude réalisée par Ipsos,

  4. Psychological Conditions of Personal Engagement and Disengagement at Work, Academy of Management Journal, vol. 33, n° 4, p. 692-724 (nouvel onglet), William A. Kahn,

  5. The Measurement of Work Engagement With a Short Questionnaire: A Cross-National Study, Educational and Psychological Measurement, vol. 66, n° 4, p. 701-716 (nouvel onglet), Wilmar B. Schaufeli, Arnold B. Bakker, Marisa Salanova,

  6. Quand le travail perd son sens. L’influence du sens du travail sur la mobilité professionnelle, la prise de parole et l’absentéisme pour maladie, Document d’études n° 249 (nouvel onglet), Dares (Thomas Coutrot, Coralie Perez),

  7. La promesse gagnante, aimer ses clients, une stratégie à toute épreuve (NPS 3.0), communiqué de presse (nouvel onglet), Bain & Company France,

  8. Employee NPS (nouvel onglet), Bain & Company, Net Promoter System

  9. Measuring Your Net Promoter Score (nouvel onglet), Bain & Company, Net Promoter System

  10. When difference doesn’t mean different: Understanding cultural bias in global research studies (Ipsos Views) (nouvel onglet), Ipsos (Fiona Moss, Bharath Vijayendra),

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