Mesurer la qualité du management par questionnaire en entreprise
Ce qu’un questionnaire sur le management mesure, comment interroger les salariés sur leur manager sans en faire une notation individuelle, comment lire les résultats par direction et ce que nous recommandons d’en faire.
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Un questionnaire sur le management demande aux salariés comment ils vivent la relation avec leur manager direct : la clarté des objectifs, le soutien en cas de difficulté, les retours sur leur travail, la marge de manœuvre qu’on leur laisse, l’équité dans l’équipe. Posé à tous et de façon anonyme, il mesure la perception du management par les équipes. Ses résultats se lisent par direction ou par population, jamais par personne nommée.
En 2019, 68 % des salariés du privé déclaraient être « aidés par leurs supérieurs hiérarchiques pour mener à bien leurs tâches », et 62 % des agents de la fonction publique, selon l’enquête Conditions de travail de la Dares, de la Drees, de la DGAFP et de l’Insee. Chez les cadres, l’Apec mesurait en juin 2024 une satisfaction de 83 % envers leur manager ; 28 % estimaient pourtant ne pas recevoir de retours constructifs sur leur travail. Ces moyennes nationales disent peu de chose d’une entreprise donnée, que renseignent surtout les écarts entre ses directions et entre ses populations.
- Salariés du privé aidés par leurs supérieurs hiérarchiques
- 68 %
- Enquête Conditions de travail 2019, Dares, Drees, DGAFP, Insee
- Cadres satisfaits de leur manager
- 83 %
- Apec, 1 500 cadres en emploi interrogés en juin 2024
- Cadres sans retours constructifs sur leur travail
- 28 %
- Même enquête de l’Apec
- Perception du management
Ce que les salariés disent vivre de l’encadrement de proximité : la façon dont leur manager direct organise le travail, les soutient, les informe et reconnaît ce qu’ils font. Elle se mesure par leur accord avec des affirmations sur ces pratiques.
Ce que mesure un questionnaire management
Nous regroupons la qualité du management, vue par les salariés, en neuf dimensions. Elles recoupent les « 9 conseils pour agir au quotidien » que l’INRS adresse aux managers (évaluer la charge de travail, donner de l’autonomie, soutenir, reconnaître, communiquer sur les changements, entre autres) et les rapports sociaux au travail, que l’INRS range parmi les facteurs de risques psychosociaux : relations avec la hiérarchie, procédures d’évaluation du travail, attention portée au bien-être des salariés.
| Dimension | Ce que le questionnaire interroge | Exemple de question |
|---|---|---|
| Clarté des objectifs et des rôles | Les objectifs, les consignes, les responsabilités de chacun | « Les objectifs fixés par mon manager sont réalistes » |
| Soutien et disponibilité | L’aide en cas de difficulté, la possibilité de parler de ses besoins | « En cas de difficultés, je suis soutenu(e) par mon manager » |
| Reconnaissance et retours | Les retours sur le travail, la reconnaissance des résultats | « Les retours que j’ai sur mon travail m’aident à progresser » |
| Autonomie et délégation | Le choix des méthodes, la part de responsabilité confiée | « Mon manager délègue facilement » |
| Équité | La répartition de la charge et le traitement des désaccords | « Dans mon équipe, la répartition des tâches est équitable » |
| Communication et information | La circulation de l’information, l’utilité des réunions d’équipe | Questions adaptées aux outils et aux rituels de l’entreprise |
| Accompagnement du changement | L’explication des décisions, l’aide face aux évolutions du métier | « Mon manager direct explique bien les changements » |
| Développement des compétences | Les échanges sur la formation, l’utilité de l’entretien annuel | Questions adaptées au dispositif d’entretiens de l’entreprise |
| Confiance | La confiance dans les décisions du manager direct | « J’ai confiance en les décisions prises par mon manager direct » |
Ces questions viennent de la banque de PEOPLE BASE, déjà posées chez nos clients. Chaque salarié répond sur une échelle d’accord, de « tout à fait d’accord » à « pas du tout d’accord », avec une case « ne se prononce pas ». Une question ouverte termine chaque thème, pour recueillir ce que les cases ne couvrent pas.
Toutes les affirmations portent sur une pratique que les salariés observent : « mon manager délègue facilement » se discute en réunion, alors qu’une affirmation sur la personnalité du manager ne débouche sur aucune action.
Pourquoi mesurer la perception du management
Gallup, institut américain d’études sur le travail, estime que les managers expliquent 70 % des écarts d’engagement entre équipes. Le même institut relève que l’engagement des managers eux-mêmes a reculé de neuf points depuis 2022, à 22 % dans le monde en 2025.
Le management est aussi au premier rang de la prévention des risques psychosociaux : les conseils de l’INRS aux managers portent sur les dimensions que le questionnaire interroge. Un baromètre sur le management complète ainsi la mesure des facteurs de stress, que nous détaillons dans notre article sur le questionnaire stress au travail.
Les résultats nourrissent enfin le dialogue avec le CSE, avec des faits sur des sujets abordés jusque-là par impressions : la charge des équipes, la répartition des tâches, l’accompagnement des réorganisations.
Interroger les équipes sans noter les managers
Le risque principal d’un baromètre sur le management est de glisser vers une notation des personnes. Dans une équipe de six salariés, des résultats affichés au niveau de l’équipe désignent son manager et permettent de deviner qui a répondu quoi. Les salariés le savent : ils répondent alors avec prudence, ou règlent des comptes. Le manager, lui, reçoit un score sans le contexte qui l’explique (une charge de travail fixée ailleurs, un effectif réduit, un changement imposé).
Nous appliquons quatre précautions :
- confier la collecte à un tiers, pour que ni la direction ni les managers n’accèdent aux réponses individuelles ;
- lire les résultats à l’échelle d’une direction, d’une branche ou d’un site, jamais d’un service ni d’une équipe ;
- fixer avant l’enquête un seuil minimal de répondants, l’annoncer aux salariés et ne montrer aucun résultat en dessous, en regroupant les petites directions dans un périmètre plus large ;
- présenter la démarche au CSE avant le lancement, en disant à quoi serviront les résultats.
Nous détaillons ces règles dans notre article sur la confidentialité de la mesure du climat social.
Lire les résultats par population et d’une vague à l’autre
Une moyenne d’entreprise peut rassurer à tort. Les écarts apparaissent quand on croise les résultats par direction, branche, site, métier, ancienneté ou taille d’équipe. L’enquête de l’Apec en donne un exemple : 84 % des cadres d’une équipe restreinte sont satisfaits de leur manager, contre 73 % de ceux d’une équipe de plus de 20 personnes. Un écart du même ordre entre deux directions de votre entreprise pose la question du nombre de personnes qu’un manager peut suivre.
Interrogez aussi les managers sur leur propre manager. Comparer, direction par direction, les réponses des managers à celles des collaborateurs montre à quel étage de la hiérarchie le soutien manque.
D’une vague à l’autre, gardez les mêmes formulations et la même échelle : une affirmation reformulée ne se compare plus.
La finesse de lecture dépend de la participation. Sur les 24 enquêtes terminées de la plateforme Baromètre social, le taux de participation moyen d’une enquête est d’environ 43 % (données PEOPLE BASE). Chaque direction lue séparément doit dépasser le seuil de confidentialité, ce qui suppose des périmètres assez larges et une participation suivie pendant toute la collecte.
Restituer les résultats et construire le plan d’actions
- Présenter l’ensemble à la direction et au CSE
Les résultats globaux, les écarts entre directions et entre populations, et la méthode.
- Réunir les managers autour des résultats de leur direction
En atelier, avec les RH ou un consultant. Les managers découvrent ensemble les résultats de leur direction ou de leur branche, avant les salariés, et repèrent les sujets qui reviennent. Aucun manager ne reçoit de résultat qui le concerne seul.
- Ouvrir la discussion avec les équipes
Les managers présentent les résultats de la direction à leurs équipes et choisissent avec elles deux ou trois points à travailler. Pour comprendre un résultat que les chiffres n’expliquent pas, des entretiens ou des groupes de discussion complètent la mesure, comme le décrit notre article sur le baromètre social qualitatif.
- Décider des actions
Accompagnement et formation des managers, mais aussi organisation : taille des équipes, charge des managers, place de l’entretien annuel et des réunions d’équipe.
- Mesurer l’effet à la vague suivante
Rendre compte des actions menées et reposer les mêmes questions.
Ce que nous recommandons, et ce que nous déconseillons
Lisez les résultats comme un signal sur l’organisation autant que sur les pratiques des managers. Quand une même difficulté revient dans plusieurs directions, cherchez la cause dans une décision prise plus haut : des objectifs fixés sans moyens, des équipes trop grandes, des managers sans temps pour leurs collaborateurs.
Nous déconseillons les résultats par service ou par équipe, les classements de managers, les objectifs de score inscrits dans la rémunération variable et les plans d’actions limités à une formation au management. Un manager dont la prime dépend des réponses de son équipe a intérêt à influencer ces réponses, et le baromètre ne mesure plus rien.
PEOPLE BASE conduit des baromètres sur le management construits à partir de sa banque de questions éprouvées et adaptés à chaque entreprise, seuls ou au sein d’un baromètre de climat social. Les résultats sont analysés par population sur la plateforme Baromètre social.
Quelles questions poser dans un questionnaire sur le management ?
Des affirmations sur les pratiques du manager direct (objectifs, soutien, retours sur le travail, délégation, équité, information, changements, confiance), sur une échelle d’accord, pour comparer les directions et les populations et suivre l’évolution d’une vague à l’autre.
Peut-on évaluer chaque manager par un questionnaire anonyme ?
Nous le déconseillons. Dans une petite équipe, des résultats rattachés au manager lèvent l’anonymat des répondants et transforment l’enquête en notation. Les résultats se lisent par direction ou par branche, au-dessus d’un seuil de répondants, et servent à décider d’actions collectives.
Quelle différence avec une évaluation à 360 degrés ?
L’évaluation à 360 degrés porte sur un manager nommé, pour son développement. Le baromètre interroge tous les salariés sur leur encadrement de proximité et donne une image collective, par population.
À quelle fréquence mesurer la perception du management ?
Une fois par an, avec les mêmes questions, et une mesure de plus avant et après une réorganisation ou un changement d’encadrement important.
Pour préparer votre premier baromètre sur le management, un consultant de PEOPLE BASE choisit avec vous les dimensions à interroger, les périmètres de lecture, le seuil de confidentialité et le calendrier de la restitution.
Sources
Attentes des cadres envers leur manager. Apec Focus (nouvel onglet), Apec,
Risques psychosociaux. 9 conseils pour agir au quotidien (ED 6250) (nouvel onglet), INRS,
Prévenir les risques psychosociaux (RPS). Facteurs de risque (nouvel onglet), INRS,
How Managers Impact Team Productivity (nouvel onglet), Gallup,
Managers : agissez pour prévenir les risques psychosociaux (nouvel onglet), INRS,


